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Crise dans le secteur de la sidérurgie en France : une série d’entreprises en défaillance

Publié le 12.02.2019
Mis à jour le 12.02.2019
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Crise dans le secteur de la sidérurgie en France : une série d’entreprises en défaillance

Ancré dans une profonde crise économique le secteur de la sidérurgie lutte pour éviter les liquidations d’entreprises. Tiraillées entre le besoin d’innovation et la conservation des emplois , les entreprises oscillent difficilement entre plans sociaux, investissements et procédures collectives .

La sidérurgie en France, un secteur atteint par une crise chronique

La sidérurgie emploie près de 40 000 salariés dans l’hexagone au sein de 350 sociétés. Malmenée par une crise profonde depuis les années 60, la France reste tout de même le quatrième pays producteur en Europe.

En tant que première chaîne de transformation de l’acier, la sidérurgie fournit sa matière au secteur automobile, au BTP et aux industries métallurgiques.

Néanmoins, pour comprendre les causes des nombreux redressements judiciaires, il faut remonter à la seconde moitié du 20e siècle.

Les années 60 : premières entreprises en difficultés financières

Soutenu par le marché européen et la création de la CECA (communauté européenne du charbon et de l’acier) en 1952, le secteur de la sidérurgie est particulièrement actif à cette époque. Plusieurs pays européens – la France, la RFA, l’Italie et les pays du Bénélux – s’unissent sur un marché commun pour éviter une nouvelle guerre.

Le but est alors de soutenir massivement les industries européennes du charbon et de l’acier en permettant aux salariés d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Cependant, c’est un autre scénario qui se dessine à partir des années 60.

La France subit ses premiers ralentissements dans les années 60. Les usines montrent des difficultés financières lourdes ; les redressements judiciaires s’enchaînent dans le secteur.

L’investissement n’est pas suffisant pour faire face à la concurrence étrangère en dehors du marché européen.

La crise touche particulièrement les mines de Lorraine où des efforts de modernisation et de diminution des effectifs sont nécessaires. En effet, le mouvement lié à l’industrialisation du pays s’essouffle, notamment avec la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Ainsi, un premier plan d’action est mis en place en 1967 : le plan professionnel assorti de 15 000 suppressions de postes.

Plusieurs autres plans suivent ce modèle pour éviter les déficits :

  • Plan de conversion Wendel Sidélor 1971 : 10 650 suppressions d’emplois.
  • Plan acier 1977 : 16 000 suppressions d’emplois.
  • Plan de sauvetage de la sidérurgie 1978 : 22 000 suppressions d’emplois.

La sidérurgie s’enlise dans une crise profonde. L’État est pourtant au cœur de chaque grande décision ; il participe au financement d’infrastructures importantes comme la réalisation du canal de Moselle. Néanmoins, les efforts financiers ne suffisent pas et les syndicats restent mobilisés, notamment sous la forme de grèves générales pour défendre les intérêts des travailleurs. Rappelons que le contexte européen reste tendu dans un climat de guerre froide. L’entente économique entre les pays sur le marché commun de l’acier et du charbon est primordiale pour garantir un climat de paix.

Les réorganisations s’organisent partout en France afin de moderniser les usines et d’éviter les liquidations judiciaires. Ainsi, les premiers signes encourageants arrivent dans les années 80.

La concurrence étrangère propice aux défaillances

Les années 2000 instaurent une nouvelle vague de froid au sein de la sidérurgie. En effet, le marché asiatique bouscule les codes en créant un véritable Dumping chinois.

Concrètement, les usines chinoises produisent à outrance afin d’écouler leur surproduction sur le marché européen à des prix défiant toute concurrence.

Indirectement, cette demande excessive génère une augmentation considérable du prix des matières premières – charbon et minerais de fer – qu’il faut supporter pour les entreprises françaises.

Face à un marché européen déstabilisé, la crise de 2008 arrive comme un vrai coup de massue ; le marché européen perd 25% de ses parts.

En 2008, les entreprises croulent sous les difficultés financières : 

  • Laprade, spécialisée dans le laminage à froid, est placée en redressement judiciaire ;
  • Tixit, spécialisée dans le rayonnage métallique fait de même ;
  • Un plan de départ volontaire touche 9 000 salariés chez ArcelorMittal.

Des contraintes environnementales lourdes pour les usines françaises

Les exigences environnementales sont contraignantes ; les usines doivent s’adapter, mais elles manquent de moyens pour se mettre en conformité.

Dernièrement, le groupe ArcelorMittal a dû rendre des comptes pour pollution excessive devant le TGI (tribunal de grande instance) d’Aix-en-Provence le 23 novembre 2018. L’entreprise est condamnée à une amende 15 000 euros avec une astreinte journalière de 1 500 euros.

Ainsi, il est urgent pour les usines de se mettre en conformité pour faire face aux exigences environnementales françaises et européennes.


Les solutions sont-elles efficaces pour éviter les liquidations judiciaires ?

Moderniser les usines pour sortir de la crise 

Pour éviter les redressements judiciaires, les entreprises du secteur doivent innover et se moderniser tout en évitant des plans de licenciement massif. Suspendues aux décisions des tribunaux, elles cherchent alors à investir dans de nouveaux équipements plus performants.

Ainsi, ArcelorMittal investit depuis 2007, plus de 500 millions d’euros sur son site à Dunkerque afin de moderniser et d’automatiser divers procédés de fabrication.

Anticiper les pannes en utilisant de nouveaux logiciels intelligents fait aussi partie des priorités du secteur. Bruno Ribo, PDG chez ArcelorMittal Méditerranée l’illustre parfaitement.

Il précise : « Anticiper les pannes, les éviter, une démarche de fond est engagée sur de nombreux outils. Par exemple, sur le train à bande, nous mettons en place une politique systématique de maintenance préventive ». 

Se spécialiser en toute conformité pour ne pas disparaître

Pour perdurer, les entreprises doivent se spécialiser dans la production d’aciers spéciaux (aéronautique, haute technologie, automobile) qui représente 1,8 millions de tonnes en 2010.

Ainsi, pour se spécialiser, l’investissement est inévitable. Cependant, les entreprises françaises montrent des difficultés à progresser dans le secteur notamment avec :

  • La chute du marché du pétrole en 2014,
  • La chute du prix du minerai de fer en 2015.

Un secteur largement touché par les défaillances

La crise est profonde ; les procédures préventives et confidentielles comme la mise en place d’un mandat ad hoc sont inadaptées puisque les entreprises sont déjà en cessation des paiements. Et les solutions proposées se montrent rapidement essoufflées face aux redressements judiciaires dans le secteur.

Ascometal : une reprise sous haute tension

Après une spécialisation dans les aciers spéciaux, Ascometal est placé en redressement judiciaire par décision du TGI de Strasbourg le 22 novembre 2017 ; 1 413 salariés sont alors en sursis.

Cette décision est lourde de conséquences puisqu’elle entraîne la chute de l’usine Ascoval, reprise un an auparavant.

En janvier 2018, la proposition d’un repreneur suisse est la bienvenue. Néanmoins, cette dernière ne prend pas en compte la reprise d’Ascoval. Une descente aux enfers pour les salariés de l’usine qui se mobilisent sans relâche pour conserver leurs emplois.

Il faut attendre jusqu’au 19 décembre 2018 pour obtenir la validation par le tribunal, de la reprise des 281 salariés et de l’acierie par le groupe franco-belge Altifort.

Saint-Jean Poitou : une fonderie au futur incertain

Les fonderies sont aussi largement touchées par les procédures collectives

En effet, plusieurs usines se retrouvent en difficulté financière comme c’est le cas pour Saint-Jean Poitou à Ingrandes-sur-Vienne. Celle-ci est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon le 29 novembre 2018.

ArcelorMittal : l’exemple d’une crise politique et syndicale majeure 

Avec 17 200 salariés en France sur 40 sites de production, le groupe pèse lourd dans le secteur de la sidérurgie.

Pour autant, il n’échappe pas aux difficultés financières. En sommeil depuis 2012, les hauts fourneaux de Florange font grand bruit dans le monde syndical.

En effet, les salariés luttent quotidiennement pour sauver leurs emplois ; les tensions sociales sont vives. Et pour cause, le groupe s’est délesté de 8 000 salariés en 10 ans en France.

Politiques et syndicats se battent pour trouver des solutions sans grand succès. Néanmoins, 6 ans plus tard, l’entreprise se décide à réveiller l’usine non pas pour son activité initiale, mais pour transformer l’acier. 22 millions d’euros d’investissements et 300 nouvelles embauches sont réalisées depuis 2014.

Entre crises politiques, crises sociales et crises économiques, le secteur de la sidérurgie est tiraillé au cœur d’une crise beaucoup plus globale. Les usines actuelles parviennent à survivre grâce à de lourds investissements pour éviter les défaillances.

 
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