Qu’il s’agisse de lancer une activité, de maintenir une trésorerie saine ou de conquérir de nouveaux marchés, toute entreprise française a besoin de financement. En 2024, cette question prend une dimension particulière : la hausse des taux d’intérêt amorcée depuis 2022, l’inflation persistante et les tensions sur la trésorerie obligent les dirigeants à repenser leurs stratégies financières. La modernisation du parc productif, la transition écologique et l’innovation constituent autant de projets gourmands en capitaux.
Cet article répond à la question centrale « comment les entreprises se financent-elles ? » en distinguant clairement les financements internes, les ressources externes en fonds propres, et le recours à l’endettement bancaire ou de marché. Vous découvrirez les mécanismes concrets, les avantages et les limites de chaque solution, ainsi que les critères pour choisir la combinaison adaptée à votre situation.
Les trois grands leviers du financement : autofinancement (utiliser ses propres bénéfices), renforcement des fonds propres (apports des associés et investisseurs), recours à l’endettement (crédit bancaire ou émissions obligataires sur les marchés financiers).
Les grandes familles de modes de financement des entreprises
Pour comprendre comment les entreprises financent leurs projets, il est essentiel de maîtriser une typologie claire. On distingue généralement quatre grandes catégories : le financement interne (autofinancement à partir des bénéfices de l’exploitation), le financement externe en fonds propres (capital social, business angels, capital risque), le financement externe par la dette (prêts bancaires, obligations, crédit bail), et enfin les aides publiques (subventions, crédits d’impôt).
Cette diversité de ressources permet aux sociétés de combiner plusieurs moyens selon leur taille, leur stade de développement et leurs besoins spécifiques. Une infographie positionnant ces modes de financement sur deux axes — « contrôle de l’actionnaire » et « niveau d’endettement » — permet de visualiser les arbitrages possibles.
Trois exemples concrets illustrent cette diversité
Une start up tech en 2023 typiquement combine love money des proches, une levée de fonds auprès de business angels (50 000 à 200 000 €), puis sollicite un prêt d’honneur sans intérêts et des aides Bpifrance. Une PME industrielle en région privilégiera un emprunt bancaire classique garanti par Bpifrance, complété par du crédit bail pour ses équipements de production. Un commerçant de centre-ville, quant à lui, mobilisera son apport personnel, un prêt bancaire pour financer son fonds de commerce, et éventuellement une subvention régionale à la création.
Ces exemples montrent qu’il n’existe pas de solution unique. Dans les sections suivantes, nous examinerons successivement l’autofinancement, les fonds propres, les crédits bancaires et les financements de marché.
L’autofinancement : utiliser les ressources générées par l’activité
L’autofinancement désigne la capacité d’une entreprise à financer ses investissements et son développement grâce aux ressources qu’elle génère elle-même. Concrètement, il s’agit d’utiliser la capacité d’autofinancement (CAF) et les bénéfices mis en réserve plutôt que de recourir à des financements externes.
Comment se calcule la CAF ?
La CAF représente le flux de trésorerie potentiel dégagé par l’activité courante. Elle se calcule à partir de l’excédent brut d’exploitation (EBE), auquel on ajoute les produits encaissables et dont on déduit les charges décaissables. Prenons un exemple concret sur un exercice 2023 : une PME réalise un EBE de 150 000 €, encaisse 10 000 € de produits financiers et décaisse 30 000 € d’impôt sur les sociétés. Sa CAF s’établit à environ 130 000 €, qu’elle peut réinvestir dans son outil de production.
Les avantages de l’autofinancement
- Aucune dilution du capital social : les propriétaires conservent le contrôle total
- Pas d’intérêts à payer, donc un coût du financement nul
- Renforce la solvabilité et les ratios financiers appréciés par les banques
- Témoigne d’une bonne santé financière auprès des partenaires
Les limites à connaître
- Dépend entièrement de la rentabilité passée de l’activité
- Souvent insuffisant pour des investissements majeurs (exemple : achat d’une ligne de production à 1 M€)
- Peut ralentir la croissance si utilisé comme unique source de financement
- Peu adapté aux jeunes entreprises qui n’ont pas encore dégagé de bénéfices significatifs
Bon à savoir : Selon les statistiques de la Banque de France, l’autofinancement représente une part importante des investissements des grandes entreprises françaises. En revanche, cette capacité reste plus limitée chez les jeunes PME, qui doivent compléter leurs ressources internes par des financements externes pour soutenir leur croissance.
Les fonds propres : capital social, apports et investisseurs
Les fonds propres constituent le socle de la solidité financière d’une entreprise. Ils regroupent le capital social, les primes d’émission, les réserves accumulées, le résultat de l’exercice et les apports des associés. Plus les fonds propres sont élevés, plus l’entreprise dispose de ressources pour absorber les chocs et rassurer ses créanciers.
Une société peut renforcer ses fonds propres de plusieurs manières : augmentation de capital en numéraire (les associés ou de nouveaux investisseurs apportent de l’argent frais), incorporation des comptes courants d’associés au capital, ou encore conversion de dettes en participation au capital.
Le capital social à la création
Juridiquement, une SARL peut être créée avec seulement 1 € de capital. Cependant, en pratique, un apport plus conséquent rassure les banques et les partenaires commerciaux. En 2024, un créateur qui lance une SAS avec 20 000 € de capital envoie un signal de sérieux : il démontre sa capacité à mobiliser des ressources propres avant de solliciter un prêt.
Les augmentations de capital en cours de vie
Tout au long de son existence, une entreprise peut procéder à des augmentations de capital pour financer sa croissance. Cette opération implique soit de nouveaux apports des associés existants, soit l’entrée de nouveaux investisseurs. L’enjeu est de trouver l’équilibre entre le besoin de financement et la dilution du contrôle des fondateurs.
Les investisseurs externes (business angels, capital risque, fonds d’investissement)
L’entrée d’investisseurs externes représente une étape clé pour les entreprises à fort potentiel de croissance. Un business angel investit typiquement entre 10 000 et 100 000 € dans une start up en phase d’amorçage, en échange d’une participation minoritaire. Un fonds de capital risque intervient avec des tickets plus importants (500 000 € à plusieurs millions d’euros) et exige généralement une place au conseil d’administration. L’horizon de sortie se situe entre 5 et 7 ans, avec l’objectif de réaliser une plus value significative lors d’une cession ou d’une introduction en bourse.
Critère | Apport des associés | Business angels | Capital risque |
|---|---|---|---|
Montant moyen | 5 000 – 50 000 € | 10 000 – 100 000 € | 500 000 € – 5 M€ |
Dilution | Faible à modérée | 5 – 15 % | 15 – 40 % |
Accompagnement | Limité | Réseau, conseils | Gouvernance, stratégie |
Les emprunts bancaires : un pilier du financement en France
Les banques occupent une place historique dans le financement des entreprises françaises. Selon les données de la Banque de France au premier trimestre 2023, environ 1,3 million de PME bénéficiaient d’un crédit bancaire, pour un encours total de 571 milliards d’euros. Cette prédominance du crédit bancaire distingue la France de pays comme les États-Unis, où les marchés financiers jouent un rôle plus central.
Les grands types de crédits bancaires
Les banques proposent une gamme diversifiée de produits adaptés aux différents besoins :
- Prêt moyen/long terme : financement d’investissements sur 3 à 15 ans (machines, bâtiments, fonds de commerce)
- Crédit à court terme : découvert autorisé, facilité de caisse, crédit de campagne pour le fonctionnement quotidien
- Crédit immobilier professionnel : acquisition de locaux d’exploitation
- Financement de matériel : véhicules, équipements informatiques, outillage
Le processus d’obtention d’un prêt
Pour décrocher un emprunt, une entreprise doit généralement présenter un business plan solide, un prévisionnel de trésorerie crédible et démontrer sa capacité de remboursement. Les banques exigent souvent un apport en fonds propres d’au moins 20 % du montant du projet. Des garanties sont également demandées : caution personnelle du dirigeant, nantissement du fonds de commerce, ou garantie Bpifrance.
Exemple concret : en 2023, une PME industrielle emprunte 300 000 € sur 7 ans pour moderniser son outil de production. Avec un taux fixe indicatif de 4,5 % et un différé de remboursement de 6 mois, ses mensualités s’établissent autour de 4 200 €. La garantie Bpifrance couvre 50 % du prêt, réduisant le risque pour la banque et facilitant l’accord du dossier.
Les dispositifs publics de soutien
Bpifrance joue un rôle clé en garantissant une partie des crédits bancaires accordés aux PME. Les Prêts Garantis par l’État (PGE), massivement déployés pendant la crise Covid 2020-2021, ont permis à des milliers d’entreprises de préserver leur trésorerie. En 2024, l’impact résiduel de ces PGE se fait encore sentir, certaines sociétés devant gérer leur remboursement tout en finançant de nouveaux projets.
À surveiller : Le recours excessif au crédit comporte des risques. La hausse des taux d’intérêt depuis 2022 alourdit le coût de la dette. Les covenants bancaires (engagements contractuels) peuvent contraindre la gestion. Il est essentiel de suivre ses ratios clés : gearing (dettes/fonds propres), couverture des intérêts, et trésorerie nette.
Les financements de marché : obligations, introduction en bourse et appel public à l’épargne
Au-delà du crédit bancaire, les entreprises de taille significative peuvent lever des capitaux directement sur les marchés financiers. Cette voie offre des montants potentiellement plus importants, mais implique des contraintes de transparence et des coûts de mise en place élevés.
L’émission d’obligations
Une obligation est un titre de dette négociable émis par une entreprise. Les investisseurs (généralement institutionnels : assurances, fonds de pension) prêtent de l’argent en échange d’un coupon (taux d’intérêt fixe ou variable) et du remboursement du principal à l’échéance. Les durées varient de 5 à 15 ans. Depuis 2020, plusieurs grands groupes français ont émis des obligations pour financer leur développement ou refinancer leur dette existante, profitant de conditions de marché favorables avant la remontée des taux.
L’introduction en bourse (IPO)
Faire son entrée sur Euronext Paris ou Euronext Growth permet de lever des fonds significatifs auprès d’un large public d’investisseurs. En contrepartie, les fondateurs acceptent une dilution de leur participation et se soumettent à des obligations strictes de communication financière. Cette solution convient aux entreprises ayant atteint une taille critique et souhaitant accélérer leur croissance ou offrir une liquidité à leurs actionnaires historiques.
L’appel public à l’épargne pour PME/ETI
Des solutions intermédiaires existent pour les entreprises de taille moyenne. Les placements privés (Euro PP) permettent d’émettre des obligations auprès d’investisseurs institutionnels sans les contraintes d’une cotation publique. Le financement participatif (crowdfunding) en titres, encadré depuis les ordonnances de 2014, connaît un essor remarquable : les prêts en crowdfunding pour PME et micro-entreprises sont passés de 260 millions d’euros en 2021 à 302 millions d’euros en 2022.
Ces financements de marché nécessitent une taille critique (chiffre d’affaires, EBITDA), une comptabilité irréprochable et un accompagnement juridique spécialisé. Les coûts de structuration peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros pour une émission obligataire significative.
Les autres solutions de financement : crédit-bail, créances clients, aides publiques
Pour compléter les modes classiques, les entreprises mobilisent d’autres leviers souvent méconnus mais particulièrement efficaces selon les situations.
Le crédit-bail (leasing)
Le crédit bail permet de financer des équipements sans mobiliser de trésorerie initiale. L’entreprise loue le matériel auprès d’un organisme financier et verse des loyers mensuels sur une durée définie (généralement 3 à 5 ans). À l’échéance, elle peut lever l’option d’achat pour devenir propriétaire du bien à sa valeur résiduelle. En 2019, le marché français du crédit-bail équipement représentait 3,8 milliards d’euros. Cette forme de financement concerne typiquement les machines industrielles, les flottes de véhicules et les équipements informatiques. Les loyers sont déductibles fiscalement, ce qui optimise le résultat de l’exploitation.

Le financement du cycle d’exploitation
Plusieurs solutions permettent de transformer les créances clients en liquidités immédiates :
- Affacturage (factoring) : cession des factures à une société spécialisée qui avance les fonds moyennant une commission
- Escompte bancaire : mobilisation des effets de commerce avant leur échéance
- Crédit fournisseur : négociation de délais de paiement plus longs avec ses fournisseurs
Exemple : une TPE qui réalise 50 000 € de facturation mensuelle peut céder ses factures à un factor et recevoir 90 % du montant sous 48 heures, améliorant ainsi son besoin de financement en trésorerie.
Les aides publiques françaises et européennes
L’état et les collectivités territoriales proposent un arsenal de dispositifs :
- Subventions régionales : aides à la création, à l’innovation, à l’export
- Crédits d’impôt : CIR (Crédit d’Impôt Recherche) pour les dépenses de R&D, CII (Crédit d’Impôt Innovation) pour les PME innovantes
- Programmes Bpifrance : prêts à taux zéro, avances remboursables, garanties
- Fonds européens : FEDER pour le développement régional, Horizon Europe pour la recherche
Contacts utiles : Pour identifier les aides adaptées à votre projet, rapprochez-vous de votre Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), des réseaux d’accompagnement (France Active, Initiative France, Réseau Entreprendre) ou consultez les plateformes publiques comme aides-entreprises.fr.
Comment choisir les bons leviers de financement pour son entreprise
Il n’existe pas de solution miracle en matière de financement. La clé réside dans une combinaison adaptée au stade de développement de l’entreprise, à son secteur d’activité et à la nature de ses projets.
Trois profils types et leurs combinaisons de financement
Profil | Financements adaptés |
|---|---|
Créateur de micro-entreprise (2024) | Apport personnel, love money, prêt d’honneur, microcrédit, ACRE |
Start up digitale en amorçage | Love money, business angels, prêt d’honneur, subventions innovation, Bpifrance |
PME industrielle en phase d’export | Autofinancement, crédit bancaire moyen terme, crédit bail équipement, garanties Bpifrance, aides à l’export |
La logique d’escalier
En pratique, les entreprises progressent selon une logique d’escalier : d’abord les fonds propres et l’autofinancement pour asseoir leur crédibilité, puis la dette bancaire pour financer leurs investissements, et enfin les financements de marché pour les structures plus matures. Chaque fois qu’un échelon est franchi, l’accès au suivant devient plus aisé grâce à l’historique constitué.
Les indicateurs à surveiller avant de s’endetter ou lever des fonds
Avant de vous engager, analysez régulièrement ces informations financières clés :
- Ratio d’endettement : dettes financières / fonds propres (idéalement inférieur à 1)
- Trésorerie nette : disponibilités moins dettes court terme
- Capacité de remboursement : CAF / échéances annuelles de dette
- Rentabilité nette : résultat net / chiffre d’affaires
En conclusion, le financement des entreprises en France repose sur une diversité de modalités qu’il convient de combiner intelligemment. Que vous soyez en phase de création, de croissance ou de transmission, anticipez vos besoins à 12-24 mois pour éviter les tensions de trésorerie. L’autofinancement reste la base d’une économie saine de l’entreprise, mais il doit souvent être complété par des fonds propres solides et un recours maîtrisé à l’emprunt.
N’hésitez pas à vous entourer de professionnels — expert-comptable, avocat spécialisé, conseiller en financement — pour structurer une stratégie de financement durable. La pérennité de votre activité dépend largement de votre capacité à mobiliser les bonnes ressources au bon moment. Grâce à une approche méthodique et une bonne connaissance des possibilités offertes par le marché français, vous disposerez de tous les moyens pour financer vos ambitions.