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Kem One : un géant de l’industrie chimique sauvé de la défaillance

Publié le 20.12.2018
Mis à jour le 20.12.2018
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Kem One : un géant de l’industrie chimique sauvé de la défaillance

C’est un feuilleton qui a agité la presse économique pendant des années. C’est une histoire qui avait mal commencé mais qui finit bien, avec notamment, un fleuron de l’industrie française, des concurrents puissants, des centaines de salariés sur plusieurs sites, des grèves, des manœuvres financières qui se chiffrent en millions d’euros, des investisseurs américains, un plan de financement public, des enjeux politiques, et des imbroglios juridiques à répétition …

En résumé

Arkema, n°1 de la chimie en France a choisi en 2011 de se séparer de son pôle PVC qui accusait alors une perte financière notable. Cette activité employait 2 600 salariés au sein de 22 usines de production de chlore, de soude et de PVC était implantée en Europe en Asie et en Amérique du Nord.

Prenant le nom de Kem One, la nouvelle structure est cédée gratuitement en 2012 au controversé Gary Klesh. Mais de façon surprenante, la nouvelle structure accumule rapidement les pertes en dépit de l’effacement de sa dette par Arkema et d’une production conséquente.

En 2013, le repreneur américain n’a pas investi ce qu’il avait promis, il doit faire face à plusieurs difficultés et à la surprise générale se retourne contre Arkema. Il place rapidement Kem One en redressement judiciaire.

L’entreprise est en partie reprise fin 2013 par un industriel français et un fond d’investissement américain. Kem One, 3ème producteur européen de PVC est alors sauvé de la liquidation judiciaire. A force d’investissements et d’efforts, la société renoue avec l’équilibre financier et l’excellence en quelques années. C’est désormais un modèle en matière de réindustrialisation réussie en France.

Arkema, n°1 français de la chimie et parmi les principaux producteurs de PVC

Le PVC, une matière plastique de base aux multiples usages

Le Polychlorure de Vinyle et plus communément appelé PVC d’après son nom en anglais. Il est conçu au terme d’un procédé de synthèse chimique à partir de sel de mer (riche en chlore) et de pétrole.

Ses premiers usages commerciaux à grande échelle datent de 1926 lorsqu’on découvre comment améliorer ses propriétés par l’ajout d’additifs.

Le PVC est une des matières plastique les plus utilisées dans le monde aujourd’hui avec le polyéthylène et le polypropylène.

On distingue trois grandes familles de PVC :

  • Le PVC rigide surtout utilisé dans le bâtiment sous forme de menuiseries, canalisations ou encore de lambri.
  • Le PVC souple utilisé comme isolant des câbles électriques, dans les revêtements de sol ou encore sur des tissus pour les rendre imperméables.
  • Le PVC sous forme de film étirable d’emballage ou comme film adhésif de lamination.

La balance commerciale de la France pour le PVC est largement positive, ce qui veut dire que l’on exporte massivement ce produit. Principalement synthétisé par quelques industriels de grande envergure sur des sites employant de nombreux salariés, la fabrication de PVC représente un enjeux économique notable pour la France

Le PVC n’est plus assez rentable pour Arkema

Pour comprendre la naissance du groupe Kem One, il faut remonter en 2012 au sein du groupe Arkema, n°1 français de la chimie.

La société Arkema occupe alors une position stratégique dans le domaine du PVC « classique ».  Les 2 600 salariés de son pôle PVC produisent essentiellement du chlore, de la soude et du PVC dans 22 usines réparties en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Mais la demande est en baisse.

Globalement en France, le secteur de l’industrie chimique est étriqué entre une compétitivité étrangère toujours plus forte et une augmentation des coûts de production. De plus, l’Europe reste sensible, à ce moment, aux variations importantes du cours des matières premières.

Selon l’union des industries chimiques, l’année 2012 est plutôt stable même si la conjoncture économique européenne est déprimée. Cette stabilité globale cache des disparités par familles de produits. En effet la rentabilité pour la production du PVC est loin d’être acquise et nécessite des investissements lourds pour générer de la valeur ajoutée. Et les concurrents comme Air Liquide, Solvay (qui vient de racheter Rhodia) ou encore Bayer maintiennent la compétitivité à un niveau exigeant en réalisant régulièrement de lourds investissements dans leurs outils de production.


En 2012, Le pôle activités vinyliques d’Arkema devient Kem One dans un climat tendu

Selon le coût des matières premières et de l’énergie, le taux de change entre l’euro et le dollar, le dynamisme des principaux débouchés comme le bâtiment et l’automobile, ou encore la productivité des concurrents, la rentabilité de l’activité est très variable.  Le pôle PVC a perdu 587 millions d’euros en 2011.

Au sein d’Arkema les activités vinyliques traditionnelles (production de PVC) accumulent depuis plusieurs années des pertes financières importantes causées par une très forte sensibilité aux cycles économiques.

Arkema souhaite donc clairement se recentrer sur la chimie de spécialités, qui est plus rentable.

Typiquement, la production de PVDF concentre les investissements, car ce produit est plus porteur avec 7% de croissance par an. Le Polyfluorure de Vinylidène est un revêtement haut de gamme utilisé par exemple sur les panneaux photovoltaïques ou pour l’isolation des bâtiments. Il possède une grande résistance aux rayons UV et aux substances chimiques corrosives. En 2012, Arkema est leader mondial du marché du PVDF avec près de 40 % des parts. Le groupe investit en Chine et aux Etats-Unis, mais renonce à 70 millions d’investissement sur son site de Pierre-Bénite dans le Rhône.

Aussi, dès novembre 2011, le PDG d’Arkema annonce le lancement du projet Amarante, prévoyant de se débarrasser de son pôle vinylique.

Le pôle des activités vinyliques d’Arkema prend le nom de Kem One
en 2012, avec l’objectif de le céder à un repreneur qualifié.

Le groupe renfloue la nouvelle structure en injectant 100 millions d’euros de trésorerie, et en prenant à sa charge 470 millions d’euros de dettes. L’objectif étant que la reprise ne donne lieu à aucune restructuration (comprendre « licenciements » ?).

Gary Klesh, un investisseur américain controversé, prend la tête de Kem One

L’investisseur américain Gary Klesh paraît, à première vue, parfaitement compétent pour reprendre cette branche, puisqu’il est spécialisé dans la reprise d’industries en difficulté.
L’homme d’affaires a été, dans les années 1970, Directeur de la Régulation des Marchés Financiers du Département du Trésor des Etats-Unis et conseiller du président Ford.
Depuis son siège à Genève, Klesh & Company Limited emploie plus de 4 500 personnes dans le monde, avec un chiffre d’affaires dépassant les 5 milliards de dollars.

Klesh promet d’investir pour moderniser l’outil de production et d’ouvrir l’entreprise à de nouveaux marchés. Sur cette base, Arkema, nous l’avons vu, remet Kem One à flot et cède l’entreprise pour un euro symbolique.

Ce sont donc 1 730 salariés en France et 10 usines qui sont « données » à un fond d’investissement basé en Suisse, avec la mission de le redresser.

Cela ne se fait pas sans remous, et les syndicats multiplient les actions, exprimant le sentiment que leur groupe les sacrifie au profit d’autres activités. Mais les enjeux financiers et politiques sont énormes et Klesh semble avoir convaincu le ministre Eric Besson.

A y regarder de plus près, le spécialiste Américain a encore sa réputation à parfaire et n’a pas très bonne presse en France. L’Humanité le décrit carrément comme un « prédateur », de quoi inquiéter les salariés et les élus locaux qui voient dans ce montage financier « un moyen de sous-traiter un plan de licenciement qu’elle n’ose pas imposer ».

Le fait est que Klesh s’est fait remarquer en France avec le rachat en 1998 du 5ème chausseur français : Myrys. Le défi de redresser cette entreprise était probablement de taille malgré ses 100 millions de francs de chiffre d’affaires annuel. D’ailleurs le secteur de la chaussure s’est globalement effondré en France au profit de pays à bas coût de main d’œuvre.
Mais l’investisseur avait promis de maintenir les emplois et d’investir 15 millions de Francs dans les chaînes de fabrication.

En fait le repreneur s’est rapidement séparé de 120 salariés sur 364, auxquels sont venus s’ajouter 150 licenciements un an plus tard. Il n’a pas non plus procédé aux investissements prévus et a déposé le bilan, puis démantelé l’entreprise en 2 000. C’est la fin d’une entreprise française née en 1920 dans l’Aude, des 91 magasins de l’enseigne et de l’usine de fabrication de Limoux. De quoi effectivement laisser un mauvais souvenir.

D’autres affaires du même acabit se sont produites ailleurs dans le monde. Gary Klesh est ainsi soupçonné d’avoir vidé des entreprises de leur substance avant de les fermer, s’octroyant au passage des sommes confortables rapidement placées dans des paradis fiscaux. On peut citer la fonderie d’aluminium Zalco et l’aciérie Delfzijl aux Pays-Bas dont la reprise par Klesh s’est rapidement soldée par de nombreux licenciements.

Le plan de relance de Klesh

Une fois la cession réalisée, il faut relancer les activités du groupe Kem One. Pour cela, de nouveaux investissements supplémentaires - à hauteur de 40 millions d’euros - sont prévus pour réaliser des modernisations techniques dans les usines. Après tout, Arkema a mis à disposition 100 millions d’euros de trésorerie et Klesh est sensé investir également.

Il affirme dans la presse qu’il est capable de redresser la barre en s’appuyant sur son expérience dans l’aluminium et le raffinage. Il souhaite améliorer le process de fabrication de Chlore en transposant ce qui se fait dans l’électrolyse pour l’aluminium.

D’un point de vue économique, les différents objectifs sont mis en place, après l’émancipation du groupe, grâce à un business plan élaboré pour permettre à l’entreprise de ralentir les pertes accumulées. 

Au niveau social, aucun plan n’est structuré, mais les 2 600 salariés de la société s’inquiètent et plusieurs mouvements de grève s’en suivent.

Après seulement une année de reprise la défaillance de l’entreprise s’accentue

En 2013, un an après le rachat de la société, Gary Klesh n’a pas réussi pas à relever les activités industrielles de Kem One. L’entreprise creuse un puits sans fond en perdant chaque mois 10 à 15 millions d’euros.

Ces pertes sont surprenantes puisque le groupe affiche une production de PVC importante et efficace pour environ 100 millions d’euros par mois.

L’argent ne devrait pas manquer et pourtant les dettes s’accumulent pour atteindre jusqu’à 100 millions d’euros.

Pour sa défense, Klesh doit d’abord faire face à la démission du directeur général du pôle pour raisons de santé, dès la transaction entérinée. Il avait pourtant porté tout le projet depuis le début.

Le marché du PVC reste morose en Europe, avec des débouchés dans le bâtiment et l’automobile en berne.

Plus grave, les coûts de production sont impactés par la hause des prix de l’énergie.
Enfin, un accident met à l’arrêt pendant des mois la raffinerie qui fournit l’éthylène, freinant lourdement la productivité des usines.  En effet, c’est sous forme d’éthylène que le pétrole est mélangé au chlore pour synthétiser le PVC.

Klesh suspecté d’escroquerie par les syndicats et l’image d’Arkema écornée

On peut se demander comment une entreprise qui avait vu ses dettes absorbées, dotée de 100 millions d’euros de trésorerie, et réalisant 100 millions d’euros de chiffre d’affaires mensuel peut perdre autant d’argent. Les fournisseurs comme Total ou EDF ne sont pas payés, pas plus que l’URSSAF ou les sous-traitants.

La nouvelle structure a alourdi sa dette auprès d’Arkema en 2013 à hauteur de 125 millions d’euros.

Ajoutons que l’homme d’affaires « sauveur des industries en difficulté » se verse chaque mois une « prime de management » d’environ 250 000 euros.  Voilà de quoi mettre de l’huile sur le feu !

Ces difficultés financières viennent très largement menacer les 1 800 emplois en France de Kem One. Les salariés profèrent toujours leur mécontentement après la reprise du groupe par l’Américain Klesh ; les syndicats crient à la manipulation financière lors de cette cession et durant la gestion quotidienne de celle-ci. Selon eux, des mouvements de fonds opaques et douteux sont réalisés par les équipes dirigeantes. On parle de 200 à 300 millions d’euros « volatilisés » en direction de Malte et de Jersey.

Ils accusent Klesh d’être un véritable escroc, mais ils tiennent aussi pour responsable la société Arkema. Celle-ci a, selon eux, choisi la facilité en se débarrassant de la filiale pas assez rentable pour ne pas freiner la croissance du groupe.  Le comité central d’entreprise fait valoir son droit d’alerte et demande l’intervention de l’Etat. Une délégation intersyndicale est d’ailleurs reçue au ministère du Redressement Productif.

La CGT demande que l’Etat « prenne le contrôle provisoirement » et porte plainte contre Arkema pour cession frauduleuse.

Mars 2013, la guerre est déclarée entre Klesh et Arkema

Le dirigeant Klesh ne prend pas ses responsabilités et rejette les mauvais résultats de Kem One sur le groupe Arkema. Il affirme qu’il n’a pas reçu toutes les informations nécessaires sur la situation de l’entreprise au moment de la cession. Il maintient ses accusations en saisissant, le 4 mars 2013, le tribunal arbitral de Paris pour exiger 310 millions d’euros de dommages et intérêts, et potentiellement une annulation de l’acte de cession signé en juillet 2012.

Arkema dément formellement ces accusations.

Après deux ans de procédure, le Tribunal Arbitral de la Chambre de Commerce International donnera d’ailleurs raison à Arkema sur toute la ligne. Klesh sera condamné à payer 73,6 millions d’euros de dommages et intérêts au chimiste français, auxquels s’ajouteront quelques millions pour les dépens. Dont acte.

Mars 2013, Kem One “amont” en cessation de paiement puis en redressement judiciaire

Juridiquement, une société au bord de la faillite a l’obligation de se déclarer en cessation de paiement. C’est chose faite le 25 mars 2013.

Quelques jours plus tard, le tribunal de commerce de Lyon place les activités en amont du groupe Kem One en redressement judiciaire.

En effet, les activités du groupe sont scindées en deux parties :

  • Les activités en amont gérées par Kem One SAS concernent la production de PVC. Elles sont aussi les moins rentables pour l’entreprise ;
  • Les activités en aval gérées par Kem One Innovative Vinyls représentent la transformation du PVC. Plus rentable, cette partie est laissée aux mains de Gary Klesh.

Même si les dettes sont gelées pendant la procédure de redressement judiciaire, la structure a l’obligation de renouer rapidement avec la rentabilité, sans quoi, faute de nouvel investisseur l’entreprise pourrait être liquidée.

Ce retour à la rentabilité pourrait passer par une réduction de la masse salariale. Le climat de tension économique et social qui règne au sein de l’entreprise est donc grand. La grogne des 1 300 salariés du groupe concernés par la procédure est vive et se traduit par des manifestations. Ils craignent à juste titre pour leur emploi et se sentent floués dans cette affaire.

La procédure collective de mise en redressement judiciaire impose la délégation de la gestion d’entreprise entre les mains d’un administrateur judiciaire. Dans ce dossier, c’est Bruno Sapin qui a pour fonction principale la défense des intérêts de Kem One face à ses créanciers.

La première action sur laquelle s’attarde Bruno Sapin est de trouver
un nouvel investisseur sérieux et compétent pour reprendre la direction
du groupe et éviter la liquidation judiciaire.

Octobre 2013 : OpenGate Capital et Alain de Krassny reprennent Kem One SAS

En octobre 2013, un investisseur crédible présente son dossier : Alain de Krassny. Cet homme d’affaires français est déjà propriétaire de l’entreprise autrichienne DONAU CHEMIE GROUP qu’il a su redresser avec succès. Né à Nice, Il a alors 71 ans et s’est forgé la réputation de savoir voir à long terme. Diplômé en chimie et détendeur d’un MBA, il a fait carrière chez Rhône-Poulenc avant de prendre sa retraite et d’investir en Autriche. Il a donc tout pour inspirer confiance.

À ce même moment, deux autres dossiers sont déposés par des fonds d’investissement américains : OpenGate Capital et Sun Capital.

OpenGate Capital est une société privée basée aux Etats-Unis qui s’est spécialisée dans le rachat et le redressement d’entreprises en Amérique et en Europe. Ses méthodes éprouvées reposant sur des équipes très qualifiées lui ont permis de nombreux succès, notamment en France via leur bureau de Paris. On peut citer leur intervention sur des entreprises comme Zodiac, Jotul, Bois et Matériaux ou Aluminium France Extrusion. Dans le domaine de la presse, notons TV Guide Magazine et Fleurus Presse. Là aussi, l’entreprise a de quoi rassurer.

C’est Julien Lagrèze qui se charge de mener ce dossier délicat. Il est titulaire d’un DESS de finance, et a été consultant chez Deloitte France avant de devenir associé chez OpenGate Capital.

Finalement, Sun Capital se retire et les deux investisseurs restants montent une offre conjointe à 50 /50 le 18 décembre 2013. L’équipe du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg reçoit les repreneurs potentiels. Laisser couler Kem One n’est pas envisageable.

Quelques jours plus tard, le tribunal de commerce de Lyon valide le projet et ouvre les portes de Kem One aux deux nouveaux dirigeants dans le cadre d’un plan de reprise par continuation.

Gary Klesh, toujours aux manettes de l’activité aval promet de les céder aux nouveaux investisseurs.

Fin 2013, Kem One amont (production de PVC) est repris par Alain de Krassny et OpenGate Capital. Kem One aval (transformation de PVC) reste pour l’instant aux mains de Gary Klesh.

Début 2014 : de nouveaux dirigeants et une nouvelle gestion d’entreprise pour sortir de la crise

Une lourde tâche attend les nouveaux dirigeants : redresser l’entreprise Kem One SAS qui se trouve en véritable situation de défaillance. Plusieurs actions sont alors mises en place.

La structure Kem One « amont » gérée par Alain de Krassny et OpenGate Capital réalise alors 800 millions d’euros de CA en 2014 avec 1 200 salariés répartis dans 7 usines en France et une en Espagne.

Pourtant les obstacles de manquent pas dès cette première année. La chute du cours de la soude fait prévoir 10 millions d’euros de pertes au lieu des 28 millions de bénéfices envisagés. De plus le marché du PVC reste très difficile.

En 2015, c’est le retour à l’équilibre grâce à la conjonction de plusieurs facteurs. Les concurrents européens qui ont souffert eux aussi ces dernières années ferment certains sites de production, ce qui fait remonter les prix du PVC. La baisse du prix du pétrole, une des matières premières du PVC permet de remonter les marges. Enfin la hausse du dollar est favorable aux exportations.

Ces atouts permettent heureusement de compenser les pertes liées à l’incendie de l’usine Naphtachimie de Lavéra en mai qui a fait perdre 20 millions d’euros de production au groupe, faute, à nouveau, d’être livrée en ethylène.

De nouveaux investissements

Les nouveaux dirigeants concentrent leurs premiers efforts autour de nouveaux investissements. Ils doivent moderniser immédiatement les procédés de fabrication, à commencer par l’électrolyse pour produire le chlore, matière première indispensable du PVC et de la soude.

250 millions d’euros sont ainsi débloqués entre 2014 et 2016.

Les usines doivent redevenir fiables pour Alain de Krassny et la qualité de production doit être irréprochable pour que l’entreprise reste compétitive.

Sur cette somme, 150 millions sont prévus pour la plateforme électrolyse de Lavera, dans les Bouches-du-Rhône. L’essentiel provient d’un financement public, dans le cadre de la ré-industrialisation de la France. Celà donnera d’ailleurs lieu à une enquête de Bruxelles qui vaudra quelques sueurs froides chez l’industriel de la chimie. Mais le prêt sera finalement entérinné.

Kem One continue de moderniser ses équipements et ses installations en modifiant les réacteurs de plusieurs usines françaises.  

Par exemple, début 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique se rend sur le site Kem One de Fos-sur-Mer afin de le citer en exemple du renouveau industriel. Il souligne la qualité d’un « véritable projet industriel, un investissement productif et un investissement humain. »

Récupérer les activités “aval”

Il est essentiel pour le groupe de récupérer les activités en aval de la société, qui sont les plus rentables. Mais elles sont restées dans les mains de Gary Klesh malgré la promesse qu’il a fait de les céder. Cela se concrétise enfin en juillet 2015 avec la récupération par Kem One de l’activité de transformation du PVC en tubes profilés.

En attendant, pendant 18 mois, le décrié financier a continué à percevoir un demi-million d’euros par mois de commissions. Il a aussi retiré plus de 10 millions d’euros des sociétés cédées. Mais cela permet de transmettre la structure pour un euros, sans trésorerie ni dettes. Cela revient à dire qu’il a revendu 10 millions d’euros une société qui ne lui a rien coûté au départ et lui a rapporté de confortables revenus mensuels. Belle opération financière pour lui qui a de quoi provoquer la colère des syndicats et des politiques …

Ce sont 15 sites de production répartis entre l’Europe, l’Asie et le Mexique, forts de 1 100 salariés et 322 millions d’euros de chiffres d’affaires (2014) qui reviennent dans le groupe.

Retrouver la confiance des salariés et renouer le dialogue social

Dernier enjeu de la direction, l’amélioration du climat social.
Les dirigeant ont besoin de retrouver la confiance de leurs salariés pour relancer l’entreprise. Dans ce but, ils signent de nouveaux accords collectifs d’entreprise avec les organisations syndicales.

Les salariés sont à ce moment-là, 1250 répartis sur 7 sites industriels en France.  Et ça fonctionne car il n’y a eu depuis quasiment plus de grèves.

Ouverture à l’international et nouveaux débouchés

C’était l’un des paris d’OpenGate Capital : ouvrir de nouveaux débouchés. Justement, elle détient Benvic et Profialis, deux entreprises françaises qui se fournissent désormais en priorité chez Kem One pour fabriquer notamment des menuiseries en PVC.

Par ailleurs, l’entreprise passe un accord avec un leader du PVC en Inde, Chemplast, pour produire du PVC surchloré sur place. Ce PVC-C est principalement utilisé dans le domaine du bâtiment pour réaliser des canalisations d’eau chaude. Il vient ainsi remplacer le cuivre dont le cours mondial s’est envolé. C’est donc clairement un produit d’avenir.

Remboursements anticipés en 2017 et fin de la procédure de redressement judiciaire en 2018

Alain de Krassny prend 90% des parts de la partie amont en 2015, OpenGate Capital ayant réalisé sa part du travail en prenant un gros risque financier qui s’est avéré payant. Le français est donc désormais seul maître à bord pour la production de PVC, alors que le fond américain contrôle totalement l’activité de transformation.

Le contexte économique est désormais plutôt favorable au groupe. En effet, la France conserve depuis plusieurs dizaines d’années une place importante dans la production d’industrie chimique. Elle est le 2ème pays producteur dans l’industrie chimique en Europe en 2017, derrière l’Allemagne selon le Conseil européen des industries chimiques (CEFIQ).

L’amélioration des activités du groupe donne rapidement des résultats. L’exercice 2016 se solde par un résultat opérationnel de 10 millions d’euros sur 800 millions de CA. C’est encore insuffisant pour rentabiliser les investissements mais le signal est très positif.

Cet élan se confirme en 2017 avec un résultat net de 50 millions d’euros et un chiffre d’affaires à hauteur de 900 millions d’euros. Le groupe rembourse par anticipation les créances de ses fournisseurs.

La suite de l’aventure est encourageante puisque le tribunal de commerce de Lyon a annoncé, le 20 mars 2018, la fin de la procédure de redressement judiciaire de KEM ONE avec 6 ans d’avance.

Actuellement, le groupe poursuit sa conquête en étant au cœur de plusieurs évolutions sur le site industriel de Lyon. La capacité de production des usines est augmentée de 20 à 30 % pour suivre la demande de PVC surchloré.

Ainsi, le groupe Kem One promet d’avoir de beaux jours devant lui grâce à la mise en place d’actions économiques réfléchies en accord avec les politiques salariales. Les nouveaux investisseurs ont réussi leur pari et prévoient de remettre 300 millions d’euros sur la table dans les années à venir pour créer un terminal de stockage d’éthylène à Fos-sur-Mer dans les Bouches du Rhône. Cela permettra de sécuriser ses approvisionnements dans cette matière première essentielle à son activité.

 
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