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Défaillances

Unilend, plateforme de crowdfunding en liquidation judiciaire, rachetée par PretUp.

Publié le 13.12.2018
Mis à jour le 13.12.2018
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Unilend, plateforme de crowdfunding en liquidation judiciaire, rachetée par PretUp.

Le 17 octobre 2018, Unilend, l’un des pionniers du financement participatif sous forme de prêts destinés aux entreprises, était mis en liquidation judiciaire.
Le 4 décembre, PretUp, plateforme nancéenne du groupe Spartfin, rachetait les actifs d’Unilend.
Nicolas Lesur, fondateur d’Unilend, voit la baisse des taux bancaires comme principale cause de son échec. Est-ce le signe annonciateur d’une fin programmée du crowdfunding ou le signe d’une restructuration ? Quelles sont les conséquences pour les acteurs économiques impliqués ?

2014, année d’optimisme pour Unilend, pionner du financement participatif des entreprises

L’idée de la plateforme Unilend, créée fin 2013, est innovante : impliquer les particuliers dans des prêts destinés aux entreprises, principalement des PME et TPE.

Les créanciers constituent alors des paniers, composés de plusieurs prêts de faibles montants (dès 20 euros) destinés à financer différents projets.

Unilend étudie et sélectionne rigoureusement les demandes (environ 1 % seulement sont retenues) pour réduire le risque de défaut. La multiplicité de ces prêts, dans chaque panier, doit également apporter une sécurité aux créanciers.

Il s’agit, précisément de crowdlending, c’est-à-dire d’un financement par le prêt (le crowdfunding, consiste en un financement participatif plus général et inclut les dons).

En 2014, Arnaud Montebourg accompagne l’initiative avec une réglementation favorable dans le but de permettre aux particuliers d’injecter leur épargne dans l’économie.
On table alors sur 1000 milliards de dollars pour le potentiel de flux au niveau mondial d’ici 2020.

Les grandes firmes s’intéressent au secteur. Des compagnies telles qu’Alibaba se lancent dans le crowfunding en Chine.

Le modèle attire les prêteurs pour 3 raisons :

  • La traçabilité : le client sait dans quelle entreprise il investit ;
  • Le côté « direct » du financement, par une plateforme internet ;
  • L’alternative au système bancaire en perte de confiance.

En ce qui concerne les entreprises, elles y trouvent essentiellement 4 avantages :

  • Un financement très rapide (sous quelques jours) ;
  • L’obtention d’un crédit de trésorerie c’est-à-dire le financement de projets immatériels rarement pris en charge par les banques (refonte d’un site web, achat de stocks, travaux…) ;
  • L’absence d’un dossier de prêt lourd ;
  • Aucune garantie n’est exigée : pas de nantissement ni de caution.

 

Dans une interview accordée à Hedwige Chevrillon et Guillaume Paul, le 26 janvier 2016, Nicolas Lesur déclare avoir levé 15 millions d’euros en 2015 et entend, pour 2016, passer à 100 millions pour que son entreprise soit viable.

Le taux de défaut s’élève alors à environ 3 % et la rentabilité moyenne pour les prêteurs à 5,4 % annuels.

Plusieurs modèles coexistent dans le secteur :

  • Le crowdlending, choix opéré par Unilend ;
  • L’equity crowdfunding (investissement participatif qui permet d’acquérir des parts sociales de l’entreprise, ex : Wiseed) ;
  • Le crowdgiving (financement par le don, ex : KissKissBankBank) ;
  • Le reward-based crowdfunding (une récompense comme un objet produit est offert grâce au financement, , ex : Kickstarter).

Certains concurrents se spécialisent, comme Enerfip dans les énergies renouvelables. D’autres proviennent de pays voisins, à l’instar de l’entreprise belge Look&Fin. D’autres encore sortent de l’hexagone et se tournent vers l’Europe, comme Lendix qui est agréée par le fond européen Eltif.

2018, la liquidation judiciaire d’Unilend jette un doute sur le modèle du financement participatif

5 ans après sa création, en septembre 2018, une procédure collective est ouverte pour Unilend en état de cessation des paiements.

La liquidation judiciaire d’Unilend est prononcée un mois après.
Plusieurs éléments ont eu raison de la start-up :

  • Le manque de volume de prêts ;
  • La rude concurrence (près de 80 plateformes de crowdfunding dont une vingtaine spécialisées dans le crowdlending) ;
  •  L’excessif taux de défaut, pointé quelques jours plus tard par Que Choisir qui l’estime à 11,5 % pour Unilend.

Sur l’ensemble du secteur, l’association dénonce une « explosion du taux de défaut » en 2017, avec une augmentation de 120 %. Presque 10 % des entreprises financées ne remboursent plus.

Que Choisir conclut que la rentabilité de ces financements approche celle du Livret A, la sécurité en moins.

Elle dénonce aussi les pratiques douteuses de l’association Financement Participatif France consistant à surestimer la rentabilité des prêts et sous-estimer le taux de défaut, pour inciter les clients à contracter et ainsi augmenter la commission des plateformes.

Si la baisse des taux bancaires a également eu un impact sur la diminution des demandes de prêts, Nicolas Lesur annonçait pourtant lui-même le 26 janvier 2016, qu’il n’y avait pas de réelle concurrence entre les deux modèles puisque les financements ne portaient pas sur les mêmes investissements.

Néanmoins, certaines banques se sont intéressées de près au modèle de ces start-up, à tel point que KissKissBankBank, a été rachetée par la Banque Postale en 2017 qui cherchait à élargir son offre.

 

Selon Guillaume Alméras, consultant et fondateur de Score Advisor - un observatoire des évolutions bancaires - le chiffre d’affaires d’Unilend ne pouvait suffire à payer la vingtaine de salariés et à assurer les frais de marketing engagés.

Par ailleurs, les prêteurs n’étaient finalement pas assez rémunérés en raison, non seulement des risques mais également de la fiscalité, et ce malgré des taux de prêt élevés pour les entreprises emprunteuses.

Associé au manque de transparence vis-à-vis des clients, le modèle ne pouvait pas séduire.

Son observation du crowdlending outre-Atlantique, l’amène à constater que les activités ont également chuté, ou apporté des démissions marquantes comme celle d’Arnaud Laplanche, fondateur de Lending Club.

La plupart des plateformes se sont rapprochées des banques, pour devenir de simples « rabatteurs de crédits ».

Seule l’Angleterre tire son épingle du jeu, mais au prix de partenariats nombreux avec des grands noms tels que Uber ou Airbnb pour attirer les emprunteurs.

En France, certaines entreprises de crowdfunding, notamment October (anciennement Lendix), travaillent avec des investisseurs institutionnels pour compenser le manque de particuliers. Ce qui peut être perçu comme dénaturant quelque peu l’esprit d’origine.

On peut, dès lors, se demander si le crowdlending n’était pas un miroir aux alouettes, dans lequel les start-up ont investi avec un excès d’optimisme sur un marché qui n’a pas vraiment pris son essor.

On peut encore espérer une amélioration des pratiques en faveur de la transparence ainsi qu’une réglementation plus rigoureuse pour regagner la confiance des créanciers particuliers. Gagner cette confiance, c’est le pari que fait PretUp en rachetant Unilend.

Rachat d’Unilend par PretUp, un espoir pour le crowdfunding. Quelles conséquences pour les acteurs impliqués ?

Le 4 décembre 2018, le tribunal de commerce de Paris accepte PretUp comme repreneur des actifs d’Unilend. PretUp, entreprise née près de nancy en 2015 et membre du réseau Fintech, augmente ainsi le nombre de ses prêteurs (54 000).

Avec 220 entreprises financées et une production de 8,7 M€, elle est adossée au groupe Spartfin, qui bénéficie d’une structure solide de 500 collaborateurs et se place n°1 des intermédiaires en regroupement de crédits. Cette Holding a été crée en 2006, également près de Nancy.

Le business model et la marque sont conservés puisque le but est de « continuer à faire vivre la communauté de prêteurs et les projets ».

L’offre de prêt par enchères est maintenue et la gestion des encours, qui relevait du prestataire de paiement SFPMEI en cas de liquidation judiciaire, est finalement reprise par la plateforme nancéenne pour défendre les intérêts des créanciers, ce qui est plutôt rassurant pour eux.

Le directeur de PretUp, Fabien Michel et le président du groupe Spartfin, Benoît Michaux, déclarent que le financement de l’économie réelle par les particuliers est « un placement alternatif qui permet aux Français de flécher leur épargne et de bénéficier d’une rémunération intéressante ». Ils souhaitent le démocratiser.

C’est une excellente nouvelle pour les créanciers, qui bénéficieront d’un suivi plus fiable que si la SFPMEI s’était chargée d’un plan de gestion extinctif lors duquel certains investisseurs craignaient qu’elle ne soit dépassée.

En revanche, les salariés et les locaux ne sont pas repris.

 
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