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Relance d'une entreprise après son redressement judiciaire : les Chaussettes Kindy

Publié le 06.11.2018
Mis à jour le 06.11.2018
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Relance d'une entreprise après son redressement judiciaire : les Chaussettes Kindy

Bousculé par un marché asiatique sans pitié et des hypermarchés boudeurs des produits non-alimentaires, le groupe Kindy tente de retrouver un équilibre financier après plusieurs années de difficultés financières et un redressement judiciaire. Kindy peut-il stabiliser ses ventes et redorer son image dans un secteur de l’habillement secoué par la crise et les fermetures d’entreprise ? 

Kindy : histoire d’une entreprise de chaussettes à succès

La naissance du groupe date de 1863 sous le nom Davesne.

Au départ concentrée uniquement sur la production de bonnets, l’entreprise diversifie 60 ans plus tard ses activités en fabriquant des chaussettes au sein de l’usine de Moreuil et de Moliens.

La production tourne bien et l’entreprise décide de créer sa propre marque de chaussettes en 1966 : voici la naissance de Kindy !

Pour optimiser ses chances de réussite, l’entreprise abandonne les bonnets pour se concentrer uniquement sur le marché de la chaussette. Le directeur – Jean-Yves Bloquert – part à la conquête des circuits de la grande et moyenne distribution pour écouler sa marchandise.

Les années 80 à 90 reflètent le plein essor de l’entreprise avec près de 800 salariés. Kindy obtient plusieurs licences qui lui permettent de booster ses activités.
C’est le cas avec la licence :

  • Walt Disney en 1991
  • Astérix en 1992
  • Coupe de monde de football en 1998

L’ascension de Kindy continue avec son entrée en bourse en 1994.

Lancé sous cette belle dynamique, le groupe acquiert la marque Mariner spécialisée dans les sous-vêtements pour homme en 1996.

Le moral dans les chaussettes au virage des années 2000

Après l’engouement des années 90, le succès des chaussettes est plus mesuré à l’entrée des années 2000. Pour comprendre les premières difficultés de Kindy, il faut se pencher sur le contexte concurrentiel mondial et sur la stratégie globale du groupe.

Un marché bousculé par la concurrence Asiatique

La Chine fait son entrée à l’OMC – organisation mondiale du commerce – en 2001.

Cette apparition est synonyme d’un véritable danger pour les entreprises françaises avec la fin des quotas d’importations dans le domaine textile et vestimentaire à compter du 1er janvier 2005.

 

Restructurer l’entreprise pour éviter un redressement judiciaire

Malmené par la concurrence, Kindy cherche de nouvelles stratégies pour éviter un dépôt de bilan.

Sa structuration prend du temps et les plans sociaux se succèdent. Elle commence par diminuer ses effectifs en fermant son usine de Moreuil en 2003. Résultat : 94 postes sont supprimés et le coût de l’opération s’élève à 1,3 millions d’euros. La plus grosse partie de la production est assurée par des sous-traitants au Maroc et en Turquie.

En parallèle, le groupe souhaite multiplier ses canaux de vente et ses marques. L’achat en 2005 de l’entreprise Baby Love se solde par l’arrêt de son activité en 2008. Tout comme, la cession de la marque Mariner en 2009 acquise par le groupe 13 ans plus tôt.

Cependant, toutes les stratégies mises en place ne sont pas mauvaises.

L’acquisition de deux nouvelles marques porte ses fruits en 2006 :

  • GBB spécialisée dans la chaussure pour enfant
  • Thyo spécialisé dans la chaussette de sport

En 2009, Kindy acquiert aussi une licence avec Dim pour la conception, la fabrication et la distribution de l’ensemble de la gamme de chaussettes de la marque.

L’activité du groupe semble se clarifier entre deux pôles d’activité :

  • L’activité des marques Kindy, Thyo et Dim spécialisées dans la chaussette.
  • L’activité des marques Catimini et GBB spécialisées dans la chaussure pour enfant.

Néanmoins, les résultats restent insuffisants et démontrent un fait : l’activité de la chaussette ne fait plus vivre le groupe !

Illustration : en 2012, le chiffre d’affaires du pôle chaussette progresse seulement de 0,7 %, alors que le pôle chaussure pour enfant monte de 14,8 %. Un premier constat alarmant pour le groupe.

Le second coup frappe en 2014 avec la perte de la licence Dim.

 

Multiplier les canaux de distribution pour relancer l’activité

Cependant, Kindy ne baisse pas les bras et continue de se battre en multipliant ses canaux de distribution, notamment sur internet, pour contrer les baisses de son activité dans les hypermarchés.  

Effectivement, les chaussettes du groupe sont vendues sur 4 sites internet :

  • Kindy
  • Thyo
  • Achile
  • Chaussette.com

En parallèle, le pôle chaussette mise sur une grande stratégie d’innovation. Les équipes fabriquent des chaussettes anti-odeurs, des chaussettes BIO et made in France.  

Néanmoins, les difficultés s’enchaînent et les innovations du groupe ne suffisent pas. L’année 2016 démarre avec l’annonce d’une baisse de 16 % du chiffre d’affaires. Concrètement, Kindy réalise 32,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 contre 45 millions d’euros en 2012. Son chiffre d’affaires atteignait même 52,4 millions d’euros en 2006 !

Les hypermarchés réduisent la taille des rayons consacrés au textile et ouvrent grands leurs portes aux produits asiatiques en pensant en premier au prix !

Les conséquences sont lourdes puisque l’entreprise Kindy est placée en procédure de sauvegarde pour une période de 6 mois en février 2017. L’analyse est rapide et claire pour le tribunal de Beauvais qui prononce le redressement judiciaire de l’entreprise en avril 2017.

2017 : ouverture d’un redressement judiciaire avec l’espoir d’une reprise positive

Les difficultés financières rencontrées par le géant de la chaussette touchent aussi l’ensemble des enseignes spécialisées dans le domaine vestimentaire.

Le groupe Vivarte – Caroll, Chevignon, Minelli – symbolise la crise traversée par ce secteur. Mais il n’est pas le seul. L’entreprise La Redoute renaît aujourd’hui de ces cendres après avoir été cédé pour un euro symbolique à deux repreneurs.

Chez Kindy, après des années de plan sociaux, la mise en redressement judiciaire soulève à nouveaux des tensions sociales au sein de l’entreprise.

Néanmoins, l’activité de l’entreprise n’est pas vouée à disparaître puisque le tribunal a le choix entre 7 offres de reprise. La décision du tribunal est importante puisqu’elle scelle le sort de 155 emplois.

Une reprise avec l’ambition de porter des chaussettes qui ne se cachent plus !

Le tribunal de Beauvais tranche pour la reprise de Kindy par deux hommes : Thierry Carpentier et Salih Halissi.

Pour remonter la pente et redonner du sens aux chaussettes Kindy, les concessions sont lourdes : licenciement de 55 salariés. Il faut aussi se retrousser les manches et retaper la veille usine de Moliens pour démarrer sur des bases saines. Les collections doivent aussi être totalement retravaillées pour redorer l’image de l’entreprise.

Mais, les difficultés ne sont pas qu’économiques. Personne ne fait confiance à l’entreprise. Les fournisseurs et les artisans refusent de travailler avec Kindy. Le chemin est long pour réinstaurer la confiance !

Cependant, il en vaut la peine puisqu’aujourd’hui, l’entreprise compte 108 salariés au sein de l’usine. Après un investissement en temps et en argent – plus d’un million d’euros – l’entreprise retrouve des couleurs avec une production de chaussettes multipliée par trois.

En effet, avant la reprise Kindy produisait seulement 400 000 paires de chaussettes. Après les procédures collectives, l’entreprise fabrique 1,2 millions de paires de chaussettes !

Les beaux projets fleurissent pour la fin de l’année 2018 et l’année 2019 :

  • Le rachat de la marque Tissel pour créer des coffrets de vente à domicile,
  • La collaboration avec des influenceurs comme le mannequin français Baptiste Giabiconi
  • La création d’un nouveau logo et d’un nouveau site internet
  • La mise en place d’un show dédié à la chaussette

L’entreprise a le vent dans le dos puisque la chaussette incarne ces dernières années un véritable accessoire de mode. Souhaitons un avenir coloré aux chaussettes Kindy !

 

 

Crédit photo : Jisu Han

 
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