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Défaillances

Difficultés dans le secteur de la presse écrite

Publié le 11.03.2019
Mis à jour le 11.03.2019
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Difficultés dans le secteur de la presse écrite

Depuis plusieurs années, le secteur de la presse écrite est en crise financière. Le quotidien l’Humanité, fondé par Jean Jaurès, a été placé en redressement judiciaire. Nice Matin, lui, a traversé une zone de turbulences en 2014 avant d’être racheté par ses salariés. Concurrence d’internet, circuit de distribution à bout de souffle, nouvelles habitudes de consommation de l’information, les écueils sont nombreux.

La presse écrite, une vieille dame de 400 ans

La presse écrite est une vieille dame de 400 ans. En effet, les premiers périodiques apparaissent au XVIème siècle.

Mais le premier hebdomadaire à sortir en France est lancé par Renaudot en 1631, « La Gazette ». Quant au tout premier quotidien, c’est en 1777 qu’il naît sous le nom « Le Journal de Paris ».

Le XIXème siècle constitue la période la plus faste pour la presse papier.

L’agence de presse Havas est fondée en 1835 et le journalisme se développe parallèlement à la révolution industrielle qui apporte la presse rotative. La démocratisation de l’instruction (loi Jules Ferry de 1882) est un facteur de succès majeur pour les journaux.

C’est aussi au XIXème siècle que de grands titres voient le jour comme le célèbre quotidien Le Figaro, dont le premier numéro paraît en 1826.

Le 29 juillet 1881, la loi sur la liberté de la presse est promulguée. Les journaux s’adressent alors à toutes les classes sociales d’autant plus qu’Émile de Girardin met en place les premiers encarts publicitaires pour abaisser le prix de vente de son quotidien.

La fin de ce siècle est marquée par le monopole que détient la presse écrite sur l’information, monopole qu’elle perd au XXème siècle, à l’arrivée de la radio (1921) et de la télévision (1935).

Elle détient cependant toujours un véritable pouvoir, comme en témoigne l’affaire Dreyfus et l’impact du célèbre « J’accuse » de Zola dans l’Aurore en 1898.

Les deux guerres contribuent au recul de la presse papier. C’est à la Libération que le secteur renaît avec des innovations éditoriales et la percée de grands noms comme ceux de Françoise Giroud ou Raymond Aron.


Causes et conséquences de la crise dans la presse écrite

Depuis plusieurs années, la presse écrite est en perte de vitesse malgré des changements de modèle, comme celui de 20 minutes ou de Métro qui proposaient une presse gratuite.

Les quotidiens parisiens ont perdu 12 % de leurs lecteurs entre 1997 et 2003 et tous les titres sont touchés. Internet, et notamment les réseaux sociaux, sont privilégiés par les Français.

Dépôt de bilan suivi d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire pour La Marseillaise en 2016, Marianne en 2017, Causette en 2018, L’Humanité en 2019…

Les problèmes de distribution de la presse écrite française

Pour assurer équitablement le pluralisme de la presse, après la Libération, la loi Bichet de 1947 instaure un système de messagerie pour distribuer l’ensemble des journaux aux différents points de vente.

C’est la société Presstalis qui s’en charge pour la majeure partie de la presse française. Bien que largement dominante, l’entreprise entame sa chute dès la fin des années 60 et c’est vraiment dans les années 80, quand le tirage des quotidiens passe de 4,2 à 3 millions d’exemplaires, que la situation s’aggrave.

En 2013, un mandat ad hoc est mis en place pour la redresser. Il lui permet de retrouver l’équilibre financier. Or 5 ans plus tard, elle accumule 300 millions d’euros de pertes en raison de mauvais choix stratégiques. En mars 2018, un plan de sauvetage par l’État et les éditeurs de presse, ponctionnés de 2,25 % sur leurs ventes chaque mois, lui permet d’éviter la mise en péril de tout un secteur.

La crise de la distribution et celle de la presse s’alimentent donc mutuellement.

Le gouvernement a décidé de réformer la loi Bichet en 2019, ce qui n’est pas sans inquiéter les différents acteurs concernés.

L’arrivée d’internet, un double frein pour la presse écrite

Le développement d’internet a deux conséquences défavorables sur la presse :

  • La diminution des budgets publicitaires (-7,4 % en 2017 soit 2,11 milliards d’euros pour la presse écrite, ce qui engendre une baisse des revenus de 11,4 %) au profit du web, notamment FacebookAds, AdWords, …

Une exception à souligner : les magazines spécialisés, notamment de jardinage, enregistrent une progression de 14 % de leurs annonceurs.

  • Une baisse de la consommation d’information papier par des lecteurs de plus en plus habitués à l’information gratuite et un changement de comportement des nouvelles générations, plus enclines à se connecter aux réseaux sociaux qu’à se rendre au kiosque à journaux.
  • Plusieurs organisations professionnelles se sont donc mobilisées afin de se défendre face aux géants du net, communément appelés les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon…).
Elles ont ainsi créé l’APIG (Alliance de la Presse d’Information Générale) pour défendre une rémunération juste des contenus édités en ligne. Cette alliance historique réunit 305 titres et 27 000 salariés afin de contrer l’effet destructeur d’internet sur la presse écrite.

Les problèmes financiers de la presse écrite

Au coût de l’impression, s’ajoute celui du papier : son prix passe de 450 euros la tonne fin 2017, à 500 euros en janvier 2018. C’est un coup dur supplémentaire pour la presse écrite, également confrontée à la pénurie de papier.

Outre les coûts, les journaux, notamment quotidiens, ont de plus en plus de mal à trouver un financement viable.

L’Humanité par exemple, est déclaré en cessation des paiement fin janvier 2019, et placé en redressement judiciaire, avec poursuite d’activité le 7 février 2019 par le tribunal de Bobigny. Une période d’observation est ouverte pour 6 mois, qui offre un espoir aux 200 employés.

Passé de 58 000 exemplaires en 1996 à un peu moins de 33 000 en 2017, le quotidien a cependant vu, fin 2018, le nombre d’abonnements et de ventes en kiosque remonter, ce qui permet au dirigeant Patrick Le Hyaric d’être optimiste. Des appels aux dons ont été lancés et la CGT du Livre a interpellé l'État pour qu’il recentre ses aides.

Le gouvernement ne veut plus soutenir la presse qui, selon ses dires, « coûte un pognon de dingue ».

Il ne reste au journal qu’à espérer d’autres soutiens, à l’instar du journal La Marseillaise, qui a pu fêter ses 75 ans le 28 février 2019 après un redressement judiciaire de 18 mois entamé en 2016.

Il arrive aussi que les difficultés d’un journal soient amplifiées par sa situation intrinsèque.

C’est le cas du journal Nice Matin, racheté en 2014 par ses salariés et par le groupe belge Nethys. Ce groupe, qui possédait une minorité de blocage de 34 %, devait fin 2018 racheter des parts, afin d’atteindre 51 %, mais il s’est désengagé au dernier moment après avoir laissé planer un flou sur ses aspirations. Or, si le journal est parvenu à réduire considérablement ses dettes depuis 2014, il n’a pas encore les moyens d’investir dans son développement.

Iskanda Safa, déjà propriétaire de Valeurs actuelles, s’est donc proposé pour racheter 66 % du capital ce qui apporterait 40 millions d’euros et permettrait au journal d’organiser sa restructuration et son développement.

Enfin, il est à noter que la concentration de la presse dans les mains de quelques puissants industriels, ne participe pas à attirer la confiance des lecteurs. Un quart seulement des Français sondés pour le Baromètre médias 2019 considèrent les journalistes comme indépendants. Malgré ces écueils, la presse écrite peut encore se réorganiser.


La presse écrite est encore loin d’être enterrée.

Si la presse gratuite ne s’en sort pas mieux que la presse payante, c’est en raison du déplacement des investissements publicitaires vers les médias internet, creusant un déficit sans égal.

Ainsi, Métro a édité sa dernière version papier en 2015. Le journal 20 minutes a, quant à lui, su négocier le virage en adoptant une stratégie globale papier + numérique. Ce choix lui a permis d’être classé 8ème derrière Le Parisien et BFMTV.

Une autre piste actuellement exploitée est celle du Netflix de l’info : elle permettrait de maintenir le pluralisme et l’indépendance de la presse puisque ce système offrirait en quantité illimitée, des articles à leurs abonnés.

Les premiers essais sur des plates-formes de type LeKiosk ou ePresse montrent qu’un abonné à ce type de service consomme jusqu’à trois fois plus d’articles qu’un lecteur moyen.

Un Netflix de l’info permettrait donc aux journaux de conserver leur ligne éditoriale sans être soumis aux lois des algorithmes des moteurs de recherche, puisque le volume ne serait plus une condition aux apports publicitaires.

Enfin, en janvier 2019, la directive « droits d’auteur » à Bruxelles a initié une démarche favorable à la presse. Lorsque des plateformes, telles que Google, afficheront des extraits de textes, elles devront payer les droits d’auteurs. Des accords de licence devront être passés entre Google, Facebook et Youtube d’une part, et entre les auteurs et journalistes d’autre part.

C’est un espoir pour la presse française et européenne.

La crise de la presse écrite n’est pas l’apanage de l’hexagone. Les États-Unis connaissent des difficultés semblables en raison d’erreurs stratégiques du même type.

La presse écrite doit s’adapter, comme elle a su le faire pendant 400 ans. Elle a pu affronter la concurrence de la radio et de la télévision, survivre à deux guerres, devenir le 4ème pouvoir. Elle doit maintenant explorer les pistes du numérique et des plates-formes payantes qui lui permettront peut-être de vivre encore au XXIème siècle et de retrouver sa rentabilité.

 
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